DEUX SANGS

Cœur battant,
Sang rouge et noir,
Les mains inondant,
La bouche, le regard,
Bras et pieds ballants,

Fermés, révulsés, les yeux crevés ,
Les chairs s’élèvent, dégoulinant,
Des tâches de sang,
Sur le papier, éparpillées,
Collées, séchées, figées, au firmament.

L’eau coule et caresse les plaies,
Un bruit sourd, une veine zèbre sa peau,
Le rouge et l’onde fondent en violet,
En cristal de billes puis bouteille de verre dans le ruisseau,
Immobile, squelette dénudé, évaporé,
Voyageur sur ce radeau,

Masse océan noir-bleue,
Charriant la pépite de sang, d’or et d’argent,
Il descend, sombre, s’isole dans ce creux,
Miroir englouti du paradis du vent,
Il s’envole à deux.

SO DO I

Sa popularité n’a d’égale que sa discrétion.
L’absence de projecteur lui vaut peut-être son abandon.
Ce qui n’est pas dans la lumière ne brille pas. Et ne fait pas briller.
Face glace, il se fait donc oublier,
Il n’est pas en face des trous.
Il se joue de l’œil.
Et quand bien même, en se tournant, nous le cherchons,
Un regard de biais s’arrêtera sur les rebonds,
Il s’a-raie-tera au seuil,
Par plaisir d’une part, ils sont si jolis,
Et, d’autre part, pour éviter le torticolis.
L’œil alors abandonne, fatigué,
Il concède alors à ce territoire aveugle et trop éloigné sa virginité.
C’est cependant sans compter la curiosité de certains.
Une glace, un doigt ou deux, parfois trois facilitent sa prise en main.
Il se laisse découvrir. Il accepte la lumière.
Il est là, un si beau derrière.
Un havre de paix…
Il est là, je disais,
Lui qui échappe à l’appel de la gravité,
Toujours jeune mais ridé,
Sensible, souple, ouvert,
La marque des êtres discrets,
Une fois passé le mont Pelé, une oasis au cœur du rocher,
Il trône et se laisse faire,
Il est temps alors de faire connaissance,
De créer un lien profond ou superficiel à convenance,
Et, face glace, lui envoyer nos pensées a-mis,
Lui dire, je sais où tu es,
Je sais où tu « vit ».

COTONSPHÈRE

Le corps peut guérir.
Pas l’esprit.
Les maux de l’âme,
Les mots à lames et à larmes l’envahissent.
Ils n’offrent pas de répit.

Le corps se repose.
Pas l’esprit.
Ils ne sont pas ennemis,
Non.
ils vivent au même endroit.
Séparément.

La tendresse est la réponse aux tourments,
Elle est plus forte qu’eux,
Elle se confronte.
Ils s’étendent,
Aussitôt, elle grandit un peu plus.
Ils se multiplient,
Elle recouvre,
Elle enveloppe,
Sans contraindre.

Autorise moi à cette heure, dit l’homme, à poser mes mains sur le rond de tes fines épaules de femme,
A rapprocher ce corps d’être vers le mien,
Les têtes et le souffle proches,
Et à te serrer là, sans rien casser.
Ni rien briser.

La tendresse est la réponse.
Elle est l’amour à sa manière.
De l’amour en doux.
Sans les pics et sans les trous.
Sage, elle n’est pas altérable.
Le canif nulle part ne l’a percée et n’y laisse l’air rentrer et la rouiller.

Muette, silencieuse, chaleureuse, elle sait voler aussi haut que les frissons.
Elle est le goût des émotions fortes.
C’est elle qui reste lorsque le vent a emporté.

Elle domine le monde.
Le corps et l’esprit font tronc commun ici : images et toucher se rejoignent dans le creux de l’inaltérable.
Celui formé par ces deux mains.
La tendresse, force de nos lendemains.

Autorise moi à te serrer délicatement dit l’homme.
« Infiniment lentement » disait Jacques.
Le temps de recouvrir.
D’envelopper.
Sans contraindre.

HANDICAPÉS DES COUILLES

Nous autres, les « normaux », ne mesurons pas l’épaisseur des sédiments de la force agglomérée chaque jour par une personne en situation de handicap.

Même avec la meilleure des volontés.

Car, nous autres, les « normaux », « nous » sommes beaucoup plus fragiles.

Paradoxe.

Ce sont l’apparence et nos facilités qui trompent.

Les personnes en situation de handicap sont bien plus courageuses.

Elles vivent chaque jour au-delà de « nos » peurs.

Dans une Atlantide hétérogène mais qui aurait ce pouvoir de calmer une humanité en train de rater sa vocation : celle d’éduquer.

CACHE A L’EAU

Rien de géant…et pourtant,
Une brèche dans la pierre, un creuset,
Un monde à part, dans un rocher insignifiant,
De l’eau des vagues salées s’est engouffrée puis s’est installée.

Parfois, une nouvelle inondation.

Au cœur de cette eau limpide,
Protégée de parois aux films d’or,
Elle flotte, immobile, verte translucide.
Langoureuse, lascive jeteuse de sort.

Parfois, des tourbillons.

Elle en a vu des vagues et quelques tempêtes.
Des tourments à s’arracher,
A perdre la tête,
Mais rien ne l’effraie.

Il se dit qu’elle ne serait pas assez jolie,
Pas assez grande pour être contemplée,
…et pourtant…., dans ce vase, un trésor de modestie,
La force paisible de la dignité et de la pureté.