BOUT DU NEZ

Le bonheur n’est pas « au loin ».
« Là-bas », au milieu des fleurs et de lagons.
Inutile de pédaler 8000 kilomètres.
Fantasme d’impuissance.
Qui vise à confondre la quête du beau avec celle de la quiétude.

Le bonheur ni ne se monnaye,
Ni ne s’échafaude à force d’objets et de boulimie des sens.
Le confort, si.
Ce dernier, je le nommerai « Le bonheur acquis ».

Alors que je vous parle du bonheur inné.
Le nu.
Celui des sensations de cervelle.
Ou charnelles.

AU PIED DU MUR

C’est encore celui ou celle qui part qui va le plus loin,
Il, elle passe le mur, semant les autres et sans ailes,
Éjectés en arrière, ils explosent, ou bien,
Vibrants, sonnés, rappelés par la mémoire, ils s’écrasent sur sa semelle,
Pèsent dix tonnes, alors qu’un ou qu’une s’envole,
Le silence les colle,
Ils rampent de mots en mots,
Balbutiant du bout des lèvres incapables,
Elles n’ont plus de forces, elles n’ont plus d’eau,
Et pourtant, elle inonde, brûle, aveugle,
Les pantins plantés là, immobiles, démembrés,
Ruisseau, fontaine terminant sa course au cœur du désert,
Liquéfiés, la gorge sèche, les gouttes pétrifiées,
Suspendues avec le temps, soufflées en l’air,
Son horloge, fracassée, piétinée, les deux mains à son collet,
Sommée de se taire, son verre planté dans la chair,
En une demi-seconde, à la vitesse du son,
Plus rapide que la lumière,
Le bang, le fracas de la disparition,
Au fond de l’homme respirant reste le disparu, il raisonne,
Il n’y a plus que l’écho qui se répète, qui sonne,
Toujours le même, car il n’y aura plus personne,
Pour d’autres voyelles ou d’autres consonnes,
Les dernières sont là, élues, belles ou aigres, peu importe,
Ce sont elles qui soulèvent ce corps, qui le portent,
L’embaument, le momifient, le gèlent,
Passé du chaud au souvenir de il ou de elle,
Du rire au malaise,
De l’air à la glaise,
L’absent a encore tort,
Il est juste mort,
De cordon à chaîne puis à ficelle,
L’eau s’engouffre, l’anneau chancelle,
Et t’as beau dire,
Et t’as beau faire, y’a rien à dire,
Y’a rien à faire.

CACHE A L’EAU

Rien de géant…et pourtant,
Une brèche dans la pierre, un creuset,
Un monde à part, dans un rocher insignifiant,
De l’eau des vagues salées s’est engouffrée puis s’est installée.

Parfois, une nouvelle inondation.

Au cœur de cette eau limpide,
Protégée de parois aux films d’or,
Elle flotte, immobile, verte translucide.
Langoureuse, lascive jeteuse de sort.

Parfois, des tourbillons.

Elle en a vu des vagues et quelques tempêtes.
Des tourments à s’arracher,
A perdre la tête,
Mais rien ne l’effraie.

Il se dit qu’elle ne serait pas assez jolie,
Pas assez grande pour être contemplée,
…et pourtant…., dans ce vase, un trésor de modestie,
La force paisible de la dignité et de la pureté.

EN PASSANT….XXXIV

La photo ?…Rendre beau pour tout le temps une fraction de seconde de la cornée.

Lolo

Avez-vous vu ces gouttes qui se suicident après l’orage ? Certaines s’accrochent, s’agrippent. Et finissent par tomber. Les plus fortes, elles, s’évaporent. Elles ont ce réconfort de disparaître fièrement « par le haut ».

Extrait de « Orage et désespoir »

Je sais lire dans les culs de bouteille…et, parfois, je vois rouge !

Hercule de Jatte

HYPERSENSIBLE DU CŒUR

L’excès est l’un des moteurs du vivant,

Du joyau bordel de l’âme,

Une contraception de l’uniforme,

Un coup vif de pinceau rouge dans le tableau,

Le beau, le bon, le gentil, le don, la poésie et la chaleur naissent tous de l’émotion,

L’hypersensible est doté de deux cœurs, un qui le fait vivre. Et un qui le fait exister.

Parfois, ils s’expriment , ils se cabrent.

Comme les purs-sangs.

LES MIRACULES…

…au Paradis, en sous-sol, monteront leur affaire,
Au Paradis, le sous-sol est toujours dans les nuages,

Un endroit pour ceux qui ont échappé à l’enfer,
Décoration rouge sang quand même, pour se rappeler au bon voisinage,

Un grand nuage avec des coins partout, des douches de pluie,
Des sofas de soleil, une grande bibliothèque pour se cacher,

Pour mettre du piquant au Paradis,
Du stupre dans le café, le thé,

Les contrevenants s’abandonneront indifféremment, ici et là,
Avant d’effacer, gratter le nuage,

En regardant leur forme, leur image,
Je me demande si ce n’est pas déjà fait tout ça….