LE SANG DE LA CRÉATION

La création demande publicité.
Pour être portée au regard et au jugement.
C’est à cet instant là, lors de sa rencontre, qu’elle perd sa force.
La diffusion est mère de désappropriation,
La force d’un plus grand nombre n’est qu’illusion,
Et perte d’identité.
La création n’est qu’un instant,
Qui appartient à son auteur.
Au delà de lui et du fruit de ses silences, la création se fane,
Elle est partagée.

La richesse commence dans le regard porté et l’imagination.
L’invention. La rédaction. Les courbes. Les esquisses.
Et ne s’étend pas plus loin.
Les prolongations ne sont que procédés.
Commerces.

La création n’est qu’halètement.
Vierge d’explications,
Elle ne peut que se montrer, se vendre, s’afficher,
En ayant trépassé,
Dans un cœur géniteur déjà vidé,
Effrayé de la voir fuir ou de ne plus se montrer,

Elle est son sang,
Lui, un carnassier, un vampire de la pensée.
Et rien de plus ne l’excite que de s’en abreuver.
Et rien de plus ne le fait respirer…
…Sa mort viendra d’étouffement.

CHAMPAGNE !

Extrait France Info – Février 2020 : « Billie Eilish a chanté, affublée de son « pyjama couture » emblématique dans une veste et un pantalon Chanel blancs agrémentés du fameux logo en double C. Ses cheveux couleur citron vert et ses ongles noirs taillés pour ressembler à des griffes contrastaient avec l’ensemble »….

Aaaah, c’est bon la révolution !… ça déchire quand même. Boule au ventre….jeunes flippés, il est là l’espoir,

Enfin du nouveau ! Suivez moi ! De mes yeux coule du noir,

Fuck le monde ! Fuck la Planète ! Fuck le système ! En poils de culcul Chanel…Anarchie quand tu nous tiens !

Greta Thunberg sans les couettes. Et en violette,

Sans fils, la génération de pantins.

Placés « devant », par des Grands en forme de lopettes,

Impuissants, incapables de convaincre,

Prenez les au berceau, à défaut d’être,

Faites descendre les illuminés, posez les dans la crèche à la place de Dieu,

Tournez les langues avec votre stylo,

Hey Billie ! ta Merco…

…elle a les pneus roses ou bleus ?

Qu’est ce qui se vend le mieux ?

Demande aux Grands. Demande aux vieux.

LA VESSIE PLEINE

Se soulager.

Du manque de dignité de l’Homme sur cette planète.

Pauvre de son éphémérité, il se venge de son éternité en la consommant comme un porc, comme une bête,

Un tirant sur la couverture pour en élever une plus épaisse que celle de ses voisins.

Porc parmi les porcs, je regarde mes mains,

Avec elles, je force l’image et l’écriture. J’anoblie mon l’existence.

Je l’adoucie. Lui redonne un sens.

En montrant et en partageant.

Et quand bien même ces mots et ces couleurs n’atteindraient personne, alors, je m’apaise doucement.

En laissant s’écouler l’énergie dans l’encre.

Avec elle, les mots pacifistes en guerre et dans le ventre.

PANTINS A GLACE

J’observais récemment des échanges de directeurs. De « patrons ».

De « patrons » salariés, hein !

Pas les vrais.

Non, les pantins, les marionnettes d’étiquettes.

Bonnes à remplacer. Des salariés à jeter.

Ces clowns de dernier étage, avec vue sur les non gradés,

Se congratulaient pour une victoire peut-être, une victoire où tout reste à faire.

Des gamins qui jouent aux grands dans la cour de récré.

En cas de gain, ils vont pouvoir jouer aux grands qui jouent aux grands.

Et passer de la congratulation à la succion,

Dans le fond, se joue la définition « de la réussite »,

J’ai tendance à penser que cette réussite ne peut être que personnelle et intérieure.

Et non dans la reconnaissance que ces types cherchent en se congratulant.

Pour rien à l’heure qu’il est.

Ne nous y trompons pas, c’est bien eux même qu’ils flattent.

Les félicitations ne sont que des autosatisfactions.

Une caresse de l’esprit pour une extase de l’appartenance,

A un groupe en carton-pâte, à une bulle de savon,

Pour ceux qui ne sont pas capables d’exister seuls.

Dedans.

LA MARCHE A BIAIS

Le biais cognitif  trompe le cerveau. Il existe tant et tant de sortes de tromperies que, finalement, nous marchons de biais. Tenter de comprendre et corriger ces tromperies nous ferait pencher de l’autre coté. Toujours en biais.

Nous titubons alors.

A tel point qu’il est raisonnable de se tromper de penser que le monde avance aussi de biais. L’état de la planète, l’état de nos passions, de notre environnement proche, de notre chez soi sont le fruit de la marche à biais. Une addition d’erreurs heureuses ou malheureuses. Mais, à aucun moment, maîtrisées.

Nos rencontres seraient le croisement de ballades à biais qui se termineraient bien à priori.

Ou pas.

Je fais l’erreur de croire que la plus belle ballade à biais est la ballade de la vie à deux. Avec, comme point de départ,  un face à face chanceux où deux regards se croisent et osent imaginer, au même moment, au même endroit, que le hasard a bien fait les choses.

Alors que, finalement, ils n’ont fait que marcher de biais l’un et l’autre jusqu’à se tamponner pour se redresser. S’assembler pour ne faire qu’un.  Puis repartir de guingois.

A biais.