MIROIR, MIROIR…

Ma maman me dit inlassablement : « Laurent, tes photos sont trop sombres ».

Je lui réponds :  » Elles sont fidèles ». 

Précisons qu’il n’y a réellement pas de lumière dans la cathédrale. Hormis la lumière solaire des vitraux et celles, incandescentes et minimalistes, de quelques bougies lointaines.

Qu’il n’y a pas de trépied : l’image est donc prise à main levée dans le noir.

Intense plaisir que de faire de la photo dans des églises ou des cathédrales.  

Il faut être honnête et, en toute indépendance des questions sur deux sujets bien distincts que sont les croyances et les religions, il n’y a guère d’endroits plus puissants pour se battre avec la lumière. 

Il ne faut pas moins de quinze minutes avant que je sois en sueur et quatorze de moins pour oublier le passé et le futur.

POUR MIEUX COMPRENDRE…

La plateforme chinoise Tik Tok milite pour le respect dans le sport.
En comparaison, pour mieux comprendre, c’est comme si Pierre Palmade devenait moniteur d’Auto-Ecole.

Marion Maréchal-Marine Le Pen…
En comparaison, pour mieux comprendre, c’est comme Pernod et Ricard. Les noms changent mais les conséquences sont les mêmes.

On dit : « On a mal travaillé ». Et on dit « J’ai bien travaillé. »

Là où il y a du gène, il y a du plaisir.

SOLEIL COUCHANT

Il y a, dans ce texte, des questions sous-jacentes relatives à mon intérêt pour cette relation épistolaire. Y répondre directement serait signe d’une bien grande prétention de ma part. 

Dire à autrui qu’il serait plus ou moins intéressant relègue celui qui porterait ce jugement à la strate, épaisse, des trous-du-culs.

Retenons aujourd’hui que ton correspondant, au delà d’un boulet historique attaché aux deux pieds, n’est pas équilibré. 

Il a perdu sa tranquillité de vie il y a 7 ans grosso modo. Nous vivions seuls au monde dans une campagne protectrice, la même que celles de nos enfances. Et, nous n’avons rien vu venir, absorbés par une vie trépidante et vibratoire.

Nous nous sommes fait envahir.
Nous savions que cela pouvait arriver. 
Mais pas aussi violemment.
Nous étions trop hauts.
Trop bien pour penser que nous pourrions être dérangés.
Cachés derrière la haie.

Et pourtant. 

Ma femme s’en accommode.
Elle est aussi ronde que souple.
La confrontation ne fait pas partie de ses possibles. C’est génétique. 

Je ne l’ai jamais accepté. 
Et, à chaque printemps, la joie et la désinvolture disparaissent.
J’ai perdu mon équilibre.

Nous voilà 7 ans plus tard.
Pour des raisons de raison de père de famille.
Avec un équilibre en quête. 
Un travail qui décapite les secondes.
Et un sommeil qui se raccourci autant que les jours s’allongent. 
Un dos qui abandonne. 

Le prix à payer probablement d’une enfance passée dans une forêt de sapins.

Pas question donc de répondre à la question de mon intérêt quant à cette relation épistolaire. Tu en connais déjà les freins. Tu as entendu mes suggestions de libération de ton esprit. Je n’insiste pas.

Je ne suis pas (plus) bien chez nous. Pour un rêveur, un contemplatif, un drogué du silence, c’est difficile à surmonter. Notre fille étant « partie », l’endroit est devenu insupportable pour l’esprit qui est le mien.

Aussi, il se tarit. En plus d’avoir trop ouvert sa plume en d’autres temps. 
Je ne suis pas (plus) heureux.
Simplement concentré sur les utilités. 

Ce coffre à jouets n’est autre qu’un lieu d’écritures mariées à la photographie.
Il en est rempli depuis 2016. Il s’assèche au printemps tel le lit des rivières des Pyrénées-Orientales d’où ce texte jaillit aujourd’hui. Cet esprit se libère loin de ses bases.
Au constat, peu de mots. Trois fois rien de photos.

Ce qui me forge est dans le coma.

La bêtise à côté de chez moi, la violence des hommes dans le poste de télévision, le bruit me tétanisent. L’esprit du sensible s’atrophie.
Au doux, au pastel succède la colère. 
A l’intelligence et la création, la rage. La haine.
A l’automne et l’hiver, la désolation. 

Qui s’alimentent d’une incompréhension du constat de voir la brutalité modifier mon existence. Qui se fracassent sur celle de mon entourage. 

Voilà ma boule de neige estivale. 

PLUME BIO

Ce qui te permet de payer ton loyer paye ton loyer.

Voilà le socle, la dalle invisible qui séparent de l’instabilité. Ce monde où il n’y aurait que les questions du lendemain. Où la spiritualité est une vague idée. Un espoir pour les plus pensifs. Qui s’additionne à celui de gagner à l’Euro-Loto : ‘ »quand je serai riche, je disparaîtrai loin du bruit. Je redeviendrai intelligent. Connecté au temps. A l’air et à la terre »….

Voilà ce que se disent les cérébraux. 

D’autres rêvent en Maserati et compagnes ou compagnons de joie dans la piscine bleue qui déborde sur des fleurs aussi transparentes que les pots qui les portent. Nous ne jouissons pas tous avec les mêmes organes.

Ce qui te permet de payer ton loyer paye ton loyer. Mon point de vue est de ne rien lâcher. C’est le mousqueton qui permet de tenir sur la montagne verticale. La dalle. La fondation. 

Si il fallait faire un seul et unique choix pour exister, le travail serait celui-là. 

(….)

« Je n’avais pas écrit depuis si longtemps. ».
« Notre sensibilité commune a libéré la plume virtuelle et l’esprit ».
« Loin d’être impuissant, ta plume a réveillé la mienne »

« Je ne suis pas ma propre obsession. Je me suis effacée au profit des autres. Toute ma vie » : probablement, en t’effaçant au profit des autres toute ta vie, tu es devenue ta propre obsession. Sans le percevoir. Il faut un œil extérieur : il le fait par comparaison des gens qui pénètrent dans son cerveau par sa pupille. A.B. s’intoxique dans son nombril. Ces mots ne te plaisent pas. Notre relation me permet de les poser quand même. Elle n’aurait pas la même essence si je devais être complaisant. 

L’inverse fonctionne.

Ce n’est pas « mal » de devenir sa propre obsession. Cela peut devenir une difficulté sociale. C’est simplement une réaction normale de l’iceberg immergé qui, un jour, veut voir le ciel. Il se retourne…

…et j’entends que ta plume est réveillée ?

Il serait réducteur de ne la réserver qu’à un seul.

D’autant que celui-ci n’est que préoccupations. Une liste longue comme le bras. Alors, pour répondre à « tout ça », il serre les poings. Et la plume tombe.
C’est physique. 
Un cerveau hémorragique. Un poing fermé. 
Le stylo sec s’efface.

Il espère des jours meilleurs. 
Il travaille pour.
Il fait des choix de père de famille. 

Pour autant, en 2016, il s’est offert son coffre à jouets. Un espace ouvert, disponible,  quelques euros à l’année, pour déverser la spiritualité qui lui vient et qui lui reste.

Son île « intelligente » à lui.
C’est un peu là qu’il existe aussi en tant qu’individu unique. 
Il écrit. 
Il s’élève. 
Mesure l’assèchement de son âme au nombre réduit de ses versements.
Alors, il se reprend.
Part dans ses bois.
Il n’oublie pas le monde. Ne le fuit pas.
Il l’interprète. C’est tout.
Il se sent riche avec quelques euros à l’année. 
Dans une bulle hermétique. 
Qui « ne sert à rien ».
Pas plus que d’escalader avant de redescendre ou de jouer du piano debout.
Sauf, peut-être,  si il venait à disparaître, à le définir avant de l’oublier complètement. 

J’ai une veilleuse intellectuelle. 
Avec un espoir de la voir s’enflammer à volonté.
Nous n’en sommes pas là…

…Ta plume est réveillée ?

Il serait réducteur de ne la réserver qu’à un seul.

Dommage de passer à côté d’un soin thérapeutique « offert » par la nature. 

IMPUISSANT

Ingérer l’histoire d’A. B. nécessite une énergie peu commune. Elle nécessite également des compétences et une disponibilité de l’esprit. Faute de quoi elle aspire ou bien elle repousse. Tout dépend de la volonté du « receveur ». De ses capacités d’éponge.

Ce rapport existe dans le film « La Ligne Verte » avec Tom Hanks.
Le colosse noir s’épuise d’ingérer les souffrances. Avant de les évacuer. 

Ingérer l’histoire d’A. B. nécessite une énergie peu commune si nous essayons de la recracher en morceaux de propositions, de tentatives de solutions ou de soulagements.

Et cette énergie se heurte à un rideau de croyances. Comme le caillou sur un mur ou un rocher. A. B. est figée. 

Le receveur voit ses bras tomber. 

Elle est tétanisée par un « monstre » en noir et blanc. 

Alexandra cherche une place. 

Celle que son papa n’a pu lui offrir. Par ce geste courageux d’un désespoir intense.

Celle que sa maman n’a pas su ou voulu couronner. 

Celle que ce « monstre » a effacé avec son balai à poils de gros con.

Une disparition, une transparence et une mauvaise rencontre. 

Qui « marbrent » un esprit déboussolé. Au cœur d’une vie qui n’épargne que très peu et n’offre de l’extase qu’au compte-gouttes. 

Une jeune fille et une femme n’ont pas besoin de « ça ». 

Il faut être expert pour s’approcher de sa vie.

Je ne le suis pas. Déjà intensément happé par la mienne. Qui me propulse à vitesse grand V en compagnie d’un beau boulet aux pieds offert par mes propres soins.

Il faut être expert pour s’approcher de sa vie. Pour écrire les bons mots. Et ne pas en rajouter car la coupe est déjà pleine. 

Avoir des sensibilités générationelles communes ne suffit pas. 

A. B. est une obsession pour elle même. Elle veut exister à tout prix. Vite car elle n’a plus de temps à perdre. Il file et, jusque là, il lui laisse un goût amer.

En cherchant cette place, elle est tombée dans son nombril. Il est toxique de beaucoup trop dures histoires. Personne ne devrait vivre ce qu’elle a connu. Il est rayé et s’est enrayé. 

Le receveur recule à l’observation de cette paroi de verre sur laquelle pousse une « narcisse ». Jeune pousse qui s’évertue à sortir la tête de sa terre d’histoire. 

A. a emmagasiné suffisamment de forces pour sortir d’elle même et recracher « tout ça » avec une plume,  un pinceau,  un tutu. Je ne sais.

L’hypersensibilité a ses lumières. Les œuvres d’art, les films aux 6 César ne naissent pas dans les choux. Ils sont le fruit des dingos et des lunaires. On dit « Artistes » en langage bien élevé. 

Ces gens qui mettent du rose sur les cravates noires.

A. B. est une obsession pour elle même. Elle s’empoisonne. 

Elle effraie. Peu de difficultés à l’écrire lorsque ce constat, pour d’autres « vertues », concerne celui qui tient la plume.

Sortir du « moi ».

Sortir par le haut. 
En convertissant les maux en touchant le beau.
En faire un don dont tu serais la seule à connaître la source.

En s’apaisant en compagnie d’un fils devenu grand maintenant. 
Il est son île majeure. 
Celle du repos. De l’échange en construction. 

Il serait vain d’écrire qu’il faut faire abstraction de l’arbre sombre qui obstrue sa vision. Peu de difficultés à l’écrire lorsque ce constat, pour d’autres « préoccupations », concerne celui qui tient la plume.

Elle restera là. C’est la place de la haine. Elle aime son petit confort et se prélasse sous toutes ses formes.

Elle aussi, la sortir, la vomir, l’éructer par le haut. 
En convertissant les maux en touchant le beau.
En faire un don dont tu serais la seule à connaître la source.

En quittant ce nombril, tu rendras heureuse une page vierge qui attend.

(…)

Apres 4 années en cabane, voici le 29 Février. 

LA CABANE

Il aura fallu attendre un choc émotionnel.
Un vrai.
Un irréversible.
Le décès du grand-père.
Mon idole.
Mais passé à côté comme un con.
Comme un con de 20 ans, puis 30 ans. 40 ans.
Qui a voyagé, bougé, travaillé et oublié l’arbre tordu au milieu…
Et qui a oublié de lui dire.

Il aura fallu cet instant de rupture pour déconstruire 41 ans de respirations innocentes.

Pour s’interroger.

Consulter.

Comprendre.

Regarder derrière.

Analyser l’enfance.

L’éducation.

Parmi les points « forts » du personnage, « il » découvre sa naïveté.

41 ans de croyances de couleur rose.

De penser que le monde est bon et les gens autour une chance.

Une naïveté qui se décline dans le rétroviseur en multiples séances cocasses : et si beaucoup de personnes bien plus affûtées ou acidifiées par leur propre existence s’étaient bien foutu de ma gueule ?

Oh oui, c’est bien possible….au contact de l’homme, la gentillesse se prend les pieds rapidement dans la naïveté…

A 51, le doute n’est plus permis.

Je ne cherche pas une maison isolée pour rien.

LAS DUBAÏ

Perpignan, Perpignan, 1 jour d’arrêt.

10 heures de voyage au lieu de 5.

Un dos en mixé de pommes.

Pannes.

Grèves.

Au lieu d’arriver à 15h00 en première classe, ce fut à 19 en seconde en mode sardine décongelée. Sentiment de sale de la tête aux pieds.

Voilà pour ma contribution écologique au monde…je réfléchirai avant de remonter dans un train électrique.

En face de moi, dans la dernière demi-heure du voyage, un père et sa fille qui s’envolaient le lendemain, en famille, à Dubaï.
« Pour qu’elle voit ça ». Pour une semaine de vacances de consommation pure et dure. Voitures de sport. Hôtels hors normes.
Du béton en or.

Pendant une demi-heure, j’ai rencontré une personne, trentenaire avachi sur son téléphone, qui m’a totalement fait « oublier » les préoccupations environnementales. Il y a donc encore des humains qui n’accordent aucun crédit au sujet « Planète ». Strictement aucun. Pas même un voile. Zéro absolu sur le curseur de la bienveillance de l’air, de l’eau et de l’éthique.

Voilà ce qui a réveillé mon cerveau ce matin. Il a du être choqué…il a pris une claque.

Il pensait que « tout le monde » était concerné. Avait compris.
Et là, devant ses yeux ébahis, deux générations complètes qui passeront leurs sports d’hiver dans le désert.

Pendant ce temps là, U2, groupe moralisateur de notre planète, mon socle imaginaire après pif-gadget, mon béton cinquantenaire, enchaine les concerts complets dans une bulle géante climatisée à Las Vegas, ville nucléaire au milieu du désert.