LA CICATRICE

« Seules les expériences et les cicatrices font d’un garçon un homme ».

Une cicatrice est la preuve visuelle des conséquences de l’impossible. C’est une émotion condamnée.

Une cicatrice est une fermeture éclair de plaie. Elle fonctionne dans les deux sens. Elle est fixée sur le cœur et peut toujours s’ouvrir. Mais elle dénature ce lobe parfait dont le galbe est détruit.

Enfermée du coté cœur, la passion créatrice de cicatrice s’est trouvée une place au milieu des machines qui aspirent et qui poussent le sang. De loin, seule une lueur se distingue. Pousse, écarte le ventricule, voilà une bille d’un rouge vif volcanique qui te perce la pupille. Comme un organe vivant et visible d’une bête terrée qui ne demande qu’à surgir.

 Une bête bien vivante, alimentée par l’odeur, l’image, le son et le toucher du souvenir.

De l’autre coté de la cicatrice, le monde des vivants et du paraître. Celui du bruit, des gens et du visible. Le monde normal. Un monde normé. Celui des conventions et des situations engagées, légitimes, irréversibles et cadrées. Le monde des chemins tracés ou à dessiner.

 

LA MARCHE A BIAIS

Le biais cognitif  trompe le cerveau. Il existe tant et tant de sortes de tromperies que, finalement, nous marchons de biais. Tenter de comprendre et corriger ces tromperies nous ferait pencher de l’autre coté. Toujours en biais.

Nous titubons alors.

A tel point qu’il est raisonnable de se tromper de penser que le monde avance aussi de biais. L’état de la planète, l’état de nos passions, de notre environnement proche, de notre chez soi sont le fruit de la marche à biais. Une addition d’erreurs heureuses ou malheureuses. Mais, à aucun moment, maîtrisées.

Nos rencontres seraient le croisement de ballades à biais qui se termineraient bien à priori.

Ou pas.

Je fais l’erreur de croire que la plus belle ballade à biais est la ballade de la vie à deux. Avec, comme point de départ,  un face à face chanceux où deux regards se croisent et osent imaginer, au même moment, au même endroit, que le hasard a bien fait les choses.

Alors que, finalement, ils n’ont fait que marcher de biais l’un et l’autre jusqu’à se tamponner pour se redresser. S’assembler pour ne faire qu’un.  Puis repartir de guingois.

A biais.

LA BIERE

Le jour de ma mise en bière, allez en boire une.
Ça ne devrait rien changer.

Allez manger un morceau. Au soleil. Sous la lune.
Ça ne devrait rien changer.

Dites juste que c’était un brave gars. Allez courir jusqu’à la prochaine dune.
Ça ne devrait rien changer.

Et si j’ai soif dans mon nouveau bateau de fortune.
Je viendrai. Gardez moi une place à vos cotés.

SOUPIR

Que reste t’il ?
Ce sentiment d’avoir été droit. Parfois gauche,
Cet air que l’on respire qui nous manque déjà,
Ces êtres que nous protégions, qui sont là,
Qui savent alors que tout sera plus moche.

Que reste t’il ?
Au matin, café, nuages, rosée et perles d’or,
Nous immobiles, la planète continue son effort,
Quand arrive le soir, leurs bras, leurs mains encore,
Sous les lumières qui projettent leurs corps.

Que reste t’il ?
De la bouche, ce mot qui sort,
Je t’aime encore plus fort,
Des images, les ombres, ces visages découpés à l’aurore,
Mais il est tard et tu t’en vas comme tu t’endors.