AU PIED DU MUR

C’est encore celui ou celle qui part qui va le plus loin,
Il, elle passe le mur, semant les autres et sans ailes,
Éjectés en arrière, ils explosent, ou bien,
Vibrants, sonnés, rappelés par la mémoire, ils s’écrasent sur sa semelle,
Pèsent dix tonnes, alors qu’un ou qu’une s’envole,
Le silence les colle,
Ils rampent de mots en mots,
Balbutiant du bout des lèvres incapables,
Elles n’ont plus de forces, elles n’ont plus d’eau,
Et pourtant, elle inonde, brûle, aveugle,
Les pantins plantés là, immobiles, démembrés,
Ruisseau, fontaine terminant sa course au cœur du désert,
Liquéfiés, la gorge sèche, les gouttes pétrifiées,
Suspendues avec le temps, soufflées en l’air,
Son horloge, fracassée, piétinée, les deux mains à son collet,
Sommée de se taire, son verre planté dans la chair,
En une demi-seconde, à la vitesse du son,
Plus rapide que la lumière,
Le bang, le fracas de la disparition,
Au fond de l’homme respirant reste le disparu, il raisonne,
Il n’y a plus que l’écho qui se répète, qui sonne,
Toujours le même, car il n’y aura plus personne,
Pour d’autres voyelles ou d’autres consonnes,
Les dernières sont là, élues, belles ou aigres, peu importe,
Ce sont elles qui soulèvent ce corps, qui le portent,
L’embaument, le momifient, le gèlent,
Passé du chaud au souvenir de il ou de elle,
Du rire au malaise,
De l’air à la glaise,
L’absent a encore tort,
Il est juste mort,
De cordon à chaîne puis à ficelle,
L’eau s’engouffre, l’anneau chancelle,
Et t’as beau dire,
Et t’as beau faire, y’a rien à dire,
Y’a rien à faire.

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