BABALLE DANS LA BOUCHE

1er Mars 2021. Premier jour de l’égalité citoyenne devant les bois de France, les chemins forestiers, les étangs gelés, les prairies et les sentiers caillouteux.
Premier jour de sérénité des survivants de toutes espèces animales et humaines.
Jour de dépose de nos bonnets oranges et vestes jaunes fluorescents.
Jour de pause de la dictature d’une minorité. Il est de nombreux pays où la tendance est inverse : les peuples opprimés devraient s’équiper de fusils. Ce qui rend le dialogue plus facile. Le monologue surtout.

1er Mars 2021. La nature est accessible à tout le monde. Sans peur d’en prendre ‘une dans la tête’. Sans crainte de croiser un primaire créateur de faits d’hiver ânonnant quelques lieux communs sur la température.
Qui nous interroge sur sa réelle capacité à détenir une arme chargée.
Et nous interpelle sur notre malchance de la croiser au cœur de la solitude boisée.
Les arbres ont bien de grandes feuilles mais ils ne savent pas encore parler.
Au mieux, ils peuvent craquer.

Et pourtant, nous autres, randonneurs, coureurs, cueilleurs, photographes, tendeurs d’oreilles, pratiquant de la pédale, observateurs, familles, solitaires vous laissons encore ce privilège d’aller vous promener sereinement le reste de l’année.

L’occasion de faire pisser les clébards.
L’occasion de ne pas perdre ses habitudes en arrivant en bas des pentes plein comme le boudin de la veille mais sans pétards.
Et de déglinguer un peu plus encore les chemins avec vos bagnoles de crevards.

Nous autres ne nous approprions pas les sols de France une moitié d’année. Nous autres ne collerons ni écriteaux d’appropriation du goudron ou des arbres : ‘Parking randonneurs’, ‘Amis chasseurs, promenade de famille en cours, soyez prudents, restez en arrière, restez chez vous, c’est plus sûr.’, ‘Shooting à appareils photographiques réels’, ‘Présence de chants d’oiseaux’, « Attention, vélos dans les deux sens »….

1er Mars 2021. Premier jour de l’égalité citoyenne devant les bois de France, les chemins forestiers, les étangs, les prairies et les sentiers caillouteux.

Le temps pour moi de solliciter les autorités. De faire supprimer ‘L’accident de chasse’ en le remplaçant par ‘Assassinat de chasse’. Il faut appeler un chien un chien. L’ ‘accident’ est malheureux et déjà à moitié pardonné.
L’ ‘accident’ est à lui seul l’expression de la seule malchance, exprime t’il.
Il pardonne.
Il autorise à recommencer.
Combien de gens sous terre pendant que leurs assassins continuent à la fouler ?
Rentrer dans un sous bois armé ne laisse aucun doute sur le sujet.
Il appartiendra seulement au juge de discuter de la préméditation.
Pour décider de ’20 ans’ ou bien ‘de la perpétuité’.
Il restera aux familles à pleurer.
Des larmes déjà assez répandues pour le plaisir fracassant de très peu.
Balayées, comme vos bottes piétinent la rosée.

Le temps pour vous de ranger vos guêtres et jouets de paramilitaires refoulés.
Pensez à bien briquer et nettoyer les trous de vos fûts,
Avec un peu de chance, il restera de la poudre au fond.

Le temps pour nous d’exercer nos loisirs en toute assurance.
Jusqu’à ce que nos vies soient de nouveau mise en joue par le votre,
Que les sentiers se privatisent à balles réelles.
Que le vert redevienne orange,
Le silence, un simple intermède,
Et le retour chez soi, une chance.

Chasseurs, chasseuses, j’aime les arbres depuis 48 ans; je vous emmerde.
Et je suis des millions.

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