A DEMI-MAUX

L’intelligence : outil capable de fabriquer des véhicules dits écologiques ne pouvant être conduits que par des individus dont le bilan carbone personnel est tel que ces voitures, puisqu’elles existent, devraient leur être offertes. Véhicules dont le gabarit n’a d’égal que l’égo des acquéreurs et la passion du dollar de son créateur. Cerise sur le capot, le modeste contribuable paye l’énergie de Monsieur.

Courage : capacité à concevoir la mort sur plan et dessiner les armes aux frappes chirurgicales, l’excellence de la boucherie, l’aloyau du fusil-mitrailleur. En martelant que « si c’est pas moi, ce sont les autres » et en n’oubliant pas, ce soir, en quittant le bureau, de passer au marché pour prendre du pain, du beurre et les nouilles. Faire carrière en envoyant les moins chanceux crever au nom des idées de ceux qui paradent ; au nom des peureux de salons, des gradés du petit four, des ratés de la diplomatie, des courageux de la bataille en pantoufles.

La quéquette représenterait parfaitement l’emblème du drapeau de cette intelligence qui flatte et de ce courage qui achève. Avec la taille de celle qui pense pouvoir pisser le plus loin. Mais, à bien y regarder de plus près, elle est si petite.

J’envisage d’autres définitions valorisantes du courage et de l’intelligence.

Elles se manifestent ça et là ; parfois. Remontent alors à la surface de manière éphémère la force de l’éducation, l’infini puissance de la négociation. L’écoute des envies de l’autre. Lutter contre sa propre jalousie , permettre à cet autre d’accéder à plus de confort en participant à ses réflexions, l’aider à résoudre ses dilemmes et solutionner, même partiellement, ses désaccords sont les plus belles expressions de l’intelligence et du courage mélangés. L’autre fera aussi les efforts nécessaires en échange.

Messieurs les Ministres, arrêtons d’être fier d’industrialiser les outils mortifères : ce seul sentiment de fierté ne fait qu’alimenter la compétition. Condamnons, regrettons simplement le fait d’être obligé de les produire avant que les jours ne soient meilleurs.

Que l’homme ne devienne définitivement intelligent et courageux.

Je crains de ne plus être là pour le contempler.