LES TROUS DU FUT

Régulièrement, l’être humain me fait dégueuler,
Parfois, juste en l’observant,
Souvent, en regardant la télé,
Et, dés fois, simplement en restant assis sur un banc.

Se taire et faire contrepoids à l’absurdité,
Pour ne pas en rajouter, ne pas y participer,
Ramener l’être humain à une forme de raison,
Qui prône ce silence qui vous offre déjà d’être le moins con.

Quelques milliards d’individus,
Suspendus à quelques fous du fût,
Notre Histoire en lambeaux de chair,
En morceaux de corps effacés par les vers,

L’homme charognard, mutation d’une création innocente,
D’une nature incontinente,
Se dresse tout en haut de l’arbre décharné,
Où se trouvent les bourgeons glacés, les branches desséchées,

A genoux face au trou du fût,
Cette mère se mêle au sang de cet enfant qui fut,
Implore du temps un retour en arrière,
Questionne la justice de ses pairs,

Tu peux dégueuler,
Si vide, si creux que ta mémoire se cache dans tes profondeurs,
Pour disparaître, t’autoriser de nouveau à tuer,
Ou, indigne, à regarder tes pieds pour fuir tes horreurs.

Je vais retourner sur mon banc,
Observer celui avec lequel je partage tous mes gênes.
Avec mes mains maculées de sang,
Des crimes incessants de nos haines.

LE MONDE DES GIGABITS

L’urgence est une fuite en avant, une échappatoire à une communication défaillante, une réponse à un vide intellectuel total, à l’égoïsme naturel.

Une alternative qui fait croire à chacun qu’il est important et qu’il a un rôle à jouer dans la société. Et pourtant, plus nous sommes dans l’urgence, plus nous sommes transparents, dominés et inexistants.

A partir du moment où l’individu arrive à mettre son égo de coté, il se sent moins contraint de jouer dans cette grande pièce de théâtre où tout doit aller vite. Moins contraint par le regard de l’autre et de son jugement sur votre capacité à suivre le rythme imposé dont on se demande, si il était réduit, si cela changerait quelque chose à l’ordre des choses.

Je suis né professionnellement il y a 15 ans et le monde allait beaucoup moins vite et il tournait. Mais il tournait déjà plus vite que 10 ans en arrière. Certains étaient déjà dépassés.

D’autres sont nés professionnellement il y a 25 ans et le monde allait encore beaucoup moins vite et il tournait. Mais il tournait déjà plus vite que 10 ans en arrière. Certains étaient déjà dépassés.

En 2016, notre planète, modulo quelques endroits isolés, non « connectés » mais envahis par des caméras impudiques, tourne à une vitesse d’emballement : celle de la capacité technologique. Et je ne vois pas ce qui va l’arrêter, c’est bien là un des problèmes majeurs de notre civilisation.

Et là, bémol, le cerveau humain, la nature humaine ne me paraissent pas adaptés au monde des Gigabits. Ou dépassés. Non pas en termes de compétence mais en termes de vitesse.

Alors, chacun s’accroche. En particulier dans les sociétés dites modernes et « technologisées ». Imaginons  un manège tournant lancé à grande vitesse avec des hommes et des femmes : plus le manège tourne vite, plus les gens lâchent et sont éjectés; revenons sur Terre et comprenons que seuls, à un instant t, restent les plus jeunes et génétiquement adaptés à la normalité du moment, les plus résistants intellectuellement, les plus malins qui auront trouvé une cachette, les plus fourbes qui poussent les autres par leur inaction ou leur lâcheté.  Mais, à l’instant t+1, pour ces résistants, ces malins, ces fourbes, ces jeunes, le monde accélère encore. A titre personnel, je me plais à imaginer que, pour les fourbes, en plus de tomber, ils se fassent laminer et marcher dessus. Broyer.

Il n’y a bien que l’épreuve de santé, la maladie, le handicap, la catastrophe physique et naturelle qui ramènent l’individu à sa condition d’éphémère. Pas longtemps. Sauf si c’est toi qui devient handicapé, malade ou qui perd tout. Finalement, à mon sens, pour s’y retrouver, en évitant de redevenir « intelligent » dans les conditions « catastrophiques » évoquées, pour discerner le courant de l’urgence, encore faudrait il que chacun retrouve un sens à son activité et à ses actions. En gros, savoir ce qu’on fait et pourquoi on le fait. Si c’est pour avoir plus que le voisin, pour montrer, pour posséder, c’est « mort ».

Première étape, posons nous la question. Seconde étape, acceptons  de ne pas tout posséder : de faire des « sacrifices », de laisser tomber, de mettre de coté, d’oublier, de dire « tant pis ».

La réponse au monde global de l’urgence est une réponse individuelle car rien n’arrêtera la technologie et la soif du plus.

Si l’individu arrive à se concentrer sur ses besoins propres, alors il arrivera plus facilement à maîtriser sa propre vitesse sans être éjecté de sa société.

Il ne subira plus l’urgence. Il est capable de voir. Il vivra « pour » et non plus « avec » ou « à coté ».

Parallèlement, le monde des Gigabits offre des conditions sanitaires améliorées : notre société soigne de mieux en mieux des gens qu’elle contribue copieusement, de plus en plus, à abîmer.