RACINES

Envoyé un bout d’Automne,
Un bout du môme,
Que j’étais, qui a poussé au milieu des branches,
En s’y accrochant les bras, le cou, les hanches,

Si souvent perché,
J’y ai découvert le silence, l’immobile et la pensée,
C’est là que je reviens inlassablement,
Et, de craquements en craquements,

Inondé de rien, tout nu habillé,
Je sais que c’est là, par les bois abrité,
Que ce corps existe,
Loin de la lumière, de la piste,

Là, au milieu du bleu, du vert, du jaune,
Au cœur du juste, les poings abandonnent,
Envahi d’air, les pieds ancrés,
Et devant toi, l’éternité.

L’ODEUR EST HUMAINE

Récemment, quelqu’un me dit  » tu sens bon »…

« C’est gentil » je répondais.
« Mais, il faut être honnête, je triche….. », j’ajoutais.
« …? »…
…. »Je mets du parfum. »

Les apparences sont appartenance de l’esprit.
Et là, pas question de faire tomber le masque, de gratter le vernis,
Impossible de séparer les fragrances, d’aimer le vrai,
De distinguer les contours du brut, le beau du laid.

Est ce que je sens vraiment bon ?
Moi, j’ai accès à l’intime, je sais.
Jamais les autres ne sauront,
Leur nez est emporté, leur imaginaire détourné et le miroir déformé.

Une fois habillé, parfumé, tu es autant de personnes que de sens troublés,
Et pourtant, le plus souvent raide, un corps d’abord nu,
Parfois tordu, qui se redresse pour observer, pour être vu,
Puis, pour paraître beau ou plus haut, va se courber,

Et, pour exister, va s’incliner, se cambrer, aveuglé par ses sens,
Face aux apparences.

Pom Pom Pom

J’ai les deux pieds par terre,
C’est la faute à Newton,
Le cœur en apesanteur,
La-haut, où tout est vide et rien ne raisonne,

Et pourtant, redescendre,
Les images, en fumées, en cendres,
Un vice, une faiblesse, une absence,
Sur mes branches, c’est pourtant là mon essence,

Ma drogue, ma dose et disparaître,
En observateur de l’autre, des fous,
Pour, dans ce creux silencieux, être ou naître,
De nouveau, en vers et contre tout,

Les mots pour reposer,
Le ballet aérien d’un humain,
Au sol où, incapable de calmer ses pieds, ses mains,
Il faut tenir, résister d’apparence à ce corps échappé,

Ce moi écharpé, le sourire qui s’évade,
D’un corps dans les yeux, le cœur dans les cieux,
Je peine à rester matière,
Ne résiste pas à la poussière,

Je courais, courais, suffoquais, regardais en arrière,
J’entends les chiens, dressés pour me rattraper,
La balle me traverse, je tombe à terre,
Ici, l’ombre du gardien des pensées, mon corps agrippé,

Au sol où, incapable de calmer mes pieds et mes mains,

Je laboure les cailloux, me tord pour mieux m’envoler,
Les yeux rouges, comme sonné,
Encombré par ce corps d’homme,
Étalé dans votre réalité, à portée de quelques pommes.

C’est la faute à Newton.

RIME RICHE

Curé.

J’entends cul et raie. La musique des maux.

Le Pape a demandé pardon. Nous voilà rassurés. Des siècles de pédophilie catholique vont certainement s’arrêter là. Le jour 0 de l’ère de la chasuble de chasteté.

Mon petit doigt me dit que nous aurions pu gagner quelques années.

C’est bien le pardon. Le chiffon humide sur l’ardoise sale. Ou l’inverse.

Pour passer à autre chose. Ou à la même chose, le temps de l’oubli. Que la vague reparte. Puis revienne.

Moi, je ne pardonne pas. On me dit rancunier.

Vous dites bien ce que vous vous voulez.

Je préfère entretenir la mémoire. Je cultive le souvenir du potentiel, du probable, du déjà-vu.

Cela évite la récidive.

Peut être devrions nous y penser collectivement.

Amen.