ECHECS et STRATES

Il n’y a pas d’autre échec que l’échec d’une relation entre humains,
Au crépuscule d’une vie, pas d’autre échec véritable,
Un coup de sang, un coup de cœur, le joug de l’éducation séparent les mains,
Et rien ne répare l’inévitable.

…..

Et si un être humain était congelé lors de son départ ? Ressorti 100 000 ans après pour être exploré, comme nous savons sonder les glaces de l’Arctique. Pensez vous que nous puissions distinguer les strates de ses différents échecs et succès au cours du temps ?

BEURRE NAOUTE

Une amie m’écrivait que le monde du travail ne peut seul être responsable de nos « pétages de plomb ».

Là, il y a du lourd. Sujet national.

Elle a raison.  Nous parlions récemment du « MONDE DES GIGABITS » et de l’urgence comme seul échappatoire à une communication défaillante. Comme une fuite en avant. Qui nous donne l’apparence de l’important mais, en réalité, nous renvoie à la transparence.

Pour ce qui est du « pétage de plomb », un seul mot va venir aussi anéantir le débat, résumer toute situation… :  le burnout. 

Deux mots en guise d’analyse sociale.

Prononcer « Beuuurre naouteu ». Très élégant, le chic anglais ; peut se prononcer en soirée avec une verre de champagne à la main droite et un petit four saumon dans la gauche.

Pendant que, quelque part, le sujet dont nous parlons, entre autres choses, est en train de finir de brûler ou de se consumer sur place….Le « Beuuurre naouteu », c’est « le cancer du bras droit » de Coluche ; la maladie un peu classe dont on doit parler en société ;  grave mais « qu’on meurt pas avec ». Nous le voyons bien l’individu. Noir de la tête aux pieds, les cheveux en guise de mèche, valises à la main et sous les yeux.

Et cet individu n’est jamais qu’un rempart de moins avant que le feu ne se propage jusqu’à nous. Jusqu’au jour où il te lèche les pieds.

Mon amie a raison car chaque individu arrive dans le monde du travail avec ses qualités, ses déficiences, ses forces et ses très gros défauts. Avec ses fractures, ses lacunes ou une éducation involontaire mais bien pourrie.

Elle a raison : l’entreprise n’est pas LE coupable. L’entreprise peut être UNE étincelle. Et l’homme, son salarié dans le rôle de carburant : un bûcher, un jerrycan d’essence, une bonbonne de gaz. En présence d’air ambiant (c’est bien notre cas), le comburant, lorsque l’étincelle jaillit : BOOM. L’individu disparaît. Corps et âme. Il brûle.

Il burn out de la société.

Seul le temps, le silence et la protection des autres bienveillants permettront au grand brûlé d’analyser TOUTES les causes. Mais cela ne peut être qu’un travail personnel et d’honnêteté car il faut chercher la plus grosse faille du bûcher, du jerrycan, de la bonbonne : il faut se critiquer.

Ce n’est pas simple quand tu es en cendres de s’avouer que tu partages le problème. Le passage est obligé car le plus important n’est pas le regard des autres, c’est de se comprendre.

Mais, si tu fais ce bout de chemin, n’oublions pas le « plaisir » de dénoncer l’autre coté du chemin. L’étincelle. Elle a parfois un visage collectif comme les effets de groupe, les moqueries de groupes. Un visage individuel comme le harcèlement moral, physique voire sexuel pour les derniers attardés de ce nouveau siècle.

Et, à cet instant, l’auteur parle de lui car son amie a touché un point sensible : j’écrase la mine de mon crayon sur la feuille. J’ai échappé au « Beuuurre naouteu ». Je l’ai vu venir. Je suis parti avec discrétion avant de faire des erreurs grossières. Avant la vulgarité des situations. Mais sans aucune préparation préalable. La décision s’est prise en 5 secondes, aussi rapidement que le rugbyman qui se casse les deux jambes après 15 ans de pratique et sans avoir fait autre chose. Ni même pensé à autre chose.

Depuis, je travaille sur mon jerrycan. Je cherche. Je trouve. Je corrige. Ce faisant, nous constatons d’autres erreurs, d’autres échecs ou ratages : il y a bien quelques problèmes dans ce jerrycan…

Mais je n’ai pas oublié « mon » étincelle. Elle me hante encore car le temps permet de refaire le puzzle et de valider la version. La haine de la petite fiotte qui me servait de supérieur hiérarchique est tenace. La colère en face de la lâcheté permanente est intacte.

Car cette totale absence de prise de responsabilité a des conséquences sur ceux qu’il est censé encadrer et sur la crédibilité d’un employeur chez ses clients. Pire, elle avait pour vocation de ne pas abîmer le personnage en vue de conquêtes personelles futures.

Mon amie a raison : je crois qu’il faut du temps pour que nos blessures se cicatrisent et que l’on puisse passer à autre chose, quand il s’agit de conflit et d’injustice ressentie.

Nous pouvons nous corriger et aborder une autre tranche de vie avec plus de maîtrise. Mais l’oubli n’est pas dans mon vocabulaire.

Fasse que l’individu concerné ne croise pas le chemin d’un brûlé au 1er degré.

EN PASSANT …VII

La vie est une condamnation à perpétuité : nous sommes enfermés dans notre corps. Nous n’en sortons jamais et il décide de tout. Nous l’oublions en permanence alors que cela devrait être un pré requis. Et, un jour, il nous condamne à mort.

 J’entends dire « La vie est une autoroute ». Bien. Je décide donc de laisser la voie de droite aux poids lourds ; je me cale sur la voie du milieu car je m’inquiète de la santé mentale des automobilistes de la voie de gauche.

DARK THOUGHTS ON THE MOON

L’exonération du comportement écologique d’un citoyen augmente avec sa richesse.

Jusqu’à l’exonération de tout d’ailleurs pour les plus méritants, les plus chanceux, les mieux nés de cette planète. L’argent en guise de passe-droit.

De sésame au mépris.

Les avions populaires décollent toutes les trente secondes.

Toute source d’énergie répondant aux exigences de la consommation de masse pollue; Il n’existe pas de miracles technologiques.

Le seul miracle serait de trouver une intelligence collective; une sorte de communisme de la sagesse.

Etre convaincu que nos seuls héros modernes sont nos maîtresses et nos chercheurs.

De regarder où nous mettons nos pieds.

La sélectivité entre les hommes et la récompense au mérite, à l’initiative ne sont pas remises en cause. Mais, dans ces conditions, les geysers à fortunés vont se tarir.

Il n’y a pas de fortune innocente.

La gouvernance devrait être confiée au respect du sol. Et à ceux qui partagent volontiers leur existence avec les générations futures.

A ceux qui ne craignent pas suffisamment leur propre mort pour vandaliser leur chemin.

Autant dire tout de suite que le comité directeur de la planète n’est pas son meilleur garant.

TOUILLETTE

J’ai regardé partout : penser n’est pas taxé.

Alors, j’ai pratiqué pour voir. Pour confirmer mes recherches. Discrètement, pour ne pas me faire gauler par un adipeux de salon, un gras double du triple exemplaire, un Tanguy sec des roubignolles.

Dés fois que cela me coûte un redressement. Rien.

Alors, j’ai continué. De plus en plus. Tous les jours. Toujours rien.

Jusqu’à la découverte et l’extase complète : penser n’est même pas payant.

Par contre, s’exprimer, écrire commence vite à coûter à celui qui dépasse le monde du silence : la démocratie possède aussi ses règles et ses conventions.

D’ailleurs, il n’existe plus aucun agitateur dans notre hexagone.

A peine des amuseurs publics.

EN PASSANT …VI

N’ayant pas les moyens de l’évasion fiscale, je pratique, par le voyage ou la discussion, l’évasion sociale ; c’est l’occasion de dire aux évadés fiscaux que l’enrichissement est là sans égal : ils trouveront dans l’observation ce qui fait d’eux déjà des hommes heureux, comblés, reconnus et admirés pour leurs qualités. Et, si malgré tout, les fortunes amassées par ces artistes d’exception, ces athlètes accomplis ou ces hommes d’affaires talentueux continuaient à ne pas les satisfaire, nous ne pouvons que souhaiter à ces personnes de persévérer à se déprécier toutes seules dans le regard de leurs admirateurs.

Le statut social est finalement une graduation de valeur avec l’extrême pauvreté et l’ultra richesse à ses extrémités. Par contre, graduer la valeur des gens serait un exercice passionnant : je pense qu’il n’y a aucun lien entre les deux classements. Je me demande même si nous n’observerions pas une inversion des tendances.

La diplomatie et la politesse sont les portes d’entrée de la lâcheté.

Du Pain et des jeux.
Des Stades et des centres commerciaux.
Je ne vois pas ce qui a changé depuis la Rome antique.

Ȏ RAGE

La colère n’est pas que mauvaise conseillère.
La colère est une tempête de l’âme. La tempête emporte avec elle les feuilles; elle lave le sol.
Après son passage, le temps est suspendu.

La colère solitaire est aussi salvatrice que la colère donnée en spectacle est dévastatrice.

Alors, il faut s’isoler.

Se préparer à cet instant de démence car vous savez qu’il est là, qu’il doit survenir. Vous savez qu’il va falloir déchirer la chemise et s’insulter du regard. Il ne faut pas le laisser passer car vous en avez besoin. Il faut l’affronter sous peine de reculer encore un peu plus.

Accrochez vous à un bout de mur. Vous transpirez déjà.

Plantez vos pieds dans le sol pour vous préparer à l’affrontement de votre visage dans la glace.

Car vous allez regarder monter cette tempête dans le fond de l’œil en observant autour de vous ce silence éphémère.
Rien ne bouge. Mais, tout près maintenant, c’est une puissance immense qui vibre.
Vous sentez le vent arriver, s’engouffrer dans les bras, le haut du corps. Laissez le s’infiltrer partout.
Jusqu’à ce que les yeux, même les plus clairs, deviennent noir cyclone. Que la mâchoire soit figée et carnassière; prête, instantanément, à hurler ou à arracher.

Le vacarme commence à envahir le corps, les pieds se figent, les mains s’accrochent.

Les pupilles ont disparu. Il n’y a plus que ce noir tueur à la place des yeux : vous ne voyez plus que ces deux gouffres. Tout le reste est flou; le corps, les murs. La lumière vous aveugle.

La colère est noire et elle est en vous. Vous êtes la colère; elle vous a pris le corps et la raison. Vous êtes enfin hors de vous. D’une force incroyable. Enfin transformé par le désespoir, la tristesse, l’injustice, la jalousie, vos incapacités. Votre dégoût de vous.

Quel bonheur d’atteindre l’état second sans autre artifice qu’un dégondage hermétique du cerveau ! Une perte de soi. Seul.
Vissé au sol, chevillé des yeux.
Vous êtes une bête. De la pire des espèces.

Dans un silence total et le bruit assourdissant des mots. Car les mots arrivent. Si vite que rien ne saurait les capter, les poser. Ils sortent du ventre. Ils fusent. Un vacarme de colère. Un déchaînement qui emporte la raison, les passions, l’éducation. Ce sont les mots qui cognent, qui frappent. Les bras les accompagnent. Le corps se plie. Certains de ses mots silencieux sont capturés par la bouche, ils sortent et viennent gifler le visage. Reviennent. Rendent le regard plus noir encore.

Vous transpirez sur le torse, dans le dos.

Vous réglez vos comptes. Vous ne devez à aucun moment sortir de la transe sans avoir décidé, acté.
Vous devez cogner jusqu’à ce que cette haine se heurte à vos convictions nouvelles, à une volonté métallique.

Seul votre regard saura quand vous aurez gagné votre combat. Et tant qu’il n’est pas franc, empli de fierté, alors, vous devez relancer. Retrouver ce regard noir, coûte que coûte. Jusqu’à l’épuisement. Retrouver cet espace où la folie est mère créatrice. Ou tout ce qui dégueule sera votre nouvelle nourriture de l’esprit.

Et quand ce regard sera franc, cerné, tracé par l’effort intense de concentration, alors vos genoux vont flancher. Vous savez à ce moment que vous êtes autre.

Qu’il va falloir respecter vos engagements.

Car, seulement à cet instant, vous avez franchi un cap. Surmonté le désespoir, la tristesse, l’injustice, la jalousie, vos incapacités. Votre dégoût de vous. Vous vous êtes donné les moyens de faire autrement, d’oublier, de corriger. D’accepter pour ranger. Pour vous débloquer.
Pour changer. Pour surmonter les douleurs de l’âme.

Une telle colère ne s’improvise pas. Car elle a l’ambition du changement.
Et quand vous aurez décidé de mener cette colère, pensez la. Sentez la venir. Décidez du moment de l’implosion solitaire.

Ma prochaine se prépare. Elle est là. Créée sur le terreau d’une tristesse qui ne s’efface pas. Seule sa violence qui m’impressionne déjà retarde le moment. J’ai déjà le regard noir. L’orage monte. Les éclairs zèbrent…le vent se lève.

Mais, après son passage, les genoux certainement au sol, le temps sera suspendu.

BABORD TOUTE

Prendre le contre-pied, c’est aller dans une direction dont on ne sait rien mais dont on est certain.

 

Lu dans un article d’un quotidien sérieux que, « pour rêver un peu », le luxe serait de posséder « un téléphone ou des enceintes contenant de l’or », « une télé de 2.70 m », « un ordinateur en marbre ». En tout cas, si nous en avions les moyens, voilà « comment nous les dépenserions pour vivre comme les fortunés de la planète ».

….le Graal….

Voilà où nous en sommes.

A défaut, je me demande si peux me procurer du papier cul en soie. De la vraie soie. Celle des fortunés. Pas de la synthétique. Pas celle de la classe moyenne.