A FOND PLAT

Il faudra bien faire l’effort de soulever mon cercueil.

Et le porter sur 5 ou 6 mètres.

Mais la récompense est au bout, Messieurs Dames,

Pour ce cercueil, je vais faire un plan de table.

Autant l’organisation du portage devra être respectée,

Les petits devant et les grands derrière,

Pour que je garde la tête surélevée,

Sinon, si le sang descend à la tête, c’est le malaise assuré.

Autant le plan de table pourra être chahuté,

Je le dessine pour vous donner une idée,

Mais faites moi le plaisir de me contrarier,

De la fantaisie, bordel !

Je vais m’offrir le luxe d’un modèle pour poser 3 ou 4 culs de bouteilles,

Pour le reste, il sera bien plat. Vous pourrez installer les vôtres, la promiscuité ne me dérange pas,

Puis vous poserez, ici, saucissons, pâtés de tête, jambons. Je connais un fournisseur, vous m’en direz des nouvelles,

Et là, un petit cochon avec la queue en tire bouchon; je ne parle pas de celui qui est dans la caisse en bois,

Prenez donc un bout de fromage, ce sera le pied,

Au dessus des miens, on fera ensemble une belle promenade,

Et, avant de vous rendre aux funérailles, de venir à mon chevet,

Descendez donc dans ma cave, j’aimerais bien entendre le bruit du bouchon qui cède et le ahhhh ! qui précède,

Avant que je ne décède,

Faites vous plaisir, tout doit disparaître !

Et faites du bruit, s’il vous plaît.

Vous allez vous régaler !!! Je vous vois d’ici.

PETIT VELO DANS LA TETE

J’attendais l’écureuil de 18h17,

Il n’est pas venu,

Ou il est arrivé en retard, je ne saurai jamais,

Ou ma montre était en avance,

Nous ne nous sommes pas vus,

Je ne pouvais pas l’attendre,

J’étais pressé,

Pas tant que ça, mais il fallait que je marche,

Pressé de faire quoi. Je ne sais pas.

Pourtant, j’espérais la rencontre, malgré le froid,

J’étais venu un peu pour ça, l’urgence a pris le pas,

Pas à pas, je suis parti,

A reculons, au cas où, pour ne pas se rater d’une seconde,

Un coup d’épée dans l’herbe,

Pressé de faire quoi,

Je ne sais pas,

Se croire pressé, c’est vouloir se rendre important,

Pourtant, il n’y a personne qui m’attend,

S’imaginer être pressé, pour se valoriser au milieu des bois,

Se donner une importance alors que personne ne voit,

L’ego est dans la nature et la dénature,

Elle qui ne bouge pas, ou juste pour faire plaisir au vent,

Qui se bat pour la changer de forme,

Elle plie mais ne rompt pas,

Tout le monde est content,

Sauf moi, éphémère de la planète,

Qui tourne en rond, qui fait semblant,

D’attendre un écureuil qui ne viendra plus,

Un souffle sur la tête,

Et je m’éparpille au 4 coins,

Je vole sans bouger.

Et ne retomberai que lorsque le vent aura cessé.

C’est la nature qui commande,

Au cas où vous ne l’auriez pas remarqué,

Frêles bipèdes,

Monstres carnassiers,

Défonceurs de sol mère,

Étouffeurs d’air,

Voyez comme elle observe le silence,

En l’absence de son avocat,

Elle ne se défend pas,

Elle reconnaît les siens,

Ici et là, au soleil, les sème,

Pour, sur un banc, une corniche, une montagne, une vallée,

Contempler, forger ces tand’aimes,

Ancrés dans les herbes et, dans les nuages, dispersés.

MAD’AME

L’âme est située au dessus de l’esprit.

L’esprit, lui, s’agite. C’est Monsieur. Il décide, pleure, rit, commande, se fâche, s’apaise. Il est un agitateur à 5 membres. Il frappe. Il caresse.

L’âme est la maman de l’Esprit. On dit « elle ». C’est Madame. Elle observe. Elle laisse faire les erreurs de l’esprit car elles sont formatrices, pense t’elle. Elle constate et valide les succès de Monsieur. Son esprit. Elle s’en satisfait et dit que c’est bien comme ça.

L’âme reconnaît les défauts et les qualités de l’esprit de l’Homme ou de la femme qu’il fait vivre : elle est alors mise devant le fait accompli d’être une belle âme ou bien une mauvaise.

Elle ne peut rien contre ou pour elle même. Elle ne peut rien y changer. Et s’en satisfaire.

C’est la vie, juge suprême, qui décide de garder les âmes ou de s’en défaire.

Et cette vie fait parfois des erreurs.

C’est la vie….

HYPERSENSIBLE DU CŒUR

L’excès est l’un des moteurs du vivant,

Du joyau bordel de l’âme,

Une contraception de l’uniforme,

Un coup vif de pinceau rouge dans le tableau,

Le beau, le bon, le gentil, le don, la poésie et la chaleur naissent tous de l’émotion,

L’hypersensible est doté de deux cœurs, un qui le fait vivre. Et un qui le fait exister.

Parfois, ils s’expriment , ils se cabrent.

Comme les purs-sangs.

COMPLÈTEMENT Beurré

Petit matin.

De ceux que nous apprécions à leur juste valeur et avec lesquels nous faisons corps. Puisque que nous ressentons.

Petit matin.

De ceux qui nous rappellent gentiment que l’air peut être vivifiant et qu’il serait judicieux de le respecter. Il n’est l’air de personne mais, l’air de rien, il est là pour tous. Pour nous. Pour moi.

Petit matin.

De ceux qui creusent un peu plus le petit creux et qui nous poussent nonchalant, presque indifférent, mais mort de faim, vers ce petit coin où flotte l’enseigne « Boulangerie ».

Indifférent dignement. Pour montrer que nous ne sommes pas intéressés…oh non ! Le demandeur est bien le vendeur…. et, puissamment armé d’une monnaie que les doigts de la main droite jaugent dans la poche, j’avance.

Assez de pièces pour s’offrir ce que deux mains peuvent porter. Ce petit matin, décidément, est un délice. Il ne se refuse rien.

Il s’enhardit…..je lance alors un regard à travers la fenêtre légèrement embuée dedans et légèrement embuée dehors. La viennoiserie est coquine. Elle se cache, partiellement, totalement.

Elle t’appelle de ses reflets.

Il faudrait entrer pour concrétiser la rencontre espérée.

Cependant, j’ai un problème. Pire, un dilemme : j’ai le choix. Deux boulangeries clignotent dans mon cœur. Elles me sont toutes deux inconnues. Je vais passer à coté de l’une d’entre elles.

J’exulte d’une part et une tristesse m’envahit ailleurs. Une boule au ventre tombe dans le petit creux. Comme la boule de billard. Je dois l’expulser. Faute de quoi, l’indécision emporterait la décision.

Et aucun boulanger ne gagnerait son pain.

Inconcevable à cet instant gémit le creux. J’ai mis le creux alors en balance. Jusqu’à ce que le poids du creux l’emporte. La balance bascule vers la boulangerie la plus proche : le sport est dangereux quand on a faim.

Je frotte donc la buée extérieure et me heurte de nouveau à la buée intérieure. Double protection. La viennoiserie est bien gardée. Patrimoine Français, Madame, Monsieur !

J’aperçois la boulangère, ses miches, derrière. Celles de devant aussi. Elles respirent le beurre à travers la fenêtre. J’ai un bon sentiment…j’aime bien le beurre.

Maintenant que j’ai dessiné sur la vitrine avec mes doigts, je suis redevable. J’en ai assez fait et pas assez vu. L’opulence de la boulangère me fait signe d’entrer.

Il faudrait une glace sous les miches, de pain, pour découvrir le derrière et l’arrière de la boutique. L’achat d’un pain au chocolat ne devrait rien devoir au hasard.

Tel maître, tel pain.

Je rentre !

Sourire de la boulangère qui jauge l’énergumène qui achète ses croissants par transparence. Je me dis qu’elle a de la chance que je l’ai choisi. A ce titre, la monnaie qui balance, je m’octroie le droit, en tant que client, d’observer de plus près les contours de la boulangère.

Voir si l’ensemble est bien le fruit de gourmandises répétées. D’un travail acharné dédié à la qualité du produit. Dans l’intérêt du consommateur.

Pour voir si la vitre n’est pas déformante et juste calculée pour attirer l’innocent.

La relation de confiance est importante pour l’achat d’une madeleine.

Je suis rassuré. Et me dis que je ferai bien un deuxième tour. Peut être même que je reviendrai. Un jour. Faire 200 kilomètres pour revoir la boulangère.

Mettre la main dans la patte.

C’est fou ce qu’un petit creux peut égarer l’esprit. La faim est bestiale.

En attendant mon tour, les pensées dans la farine et sur la table à pétrir, mon regard porte sur une porte.

Celle qui glisse vers l’antre au levain. Et qui s’obscurcit soudain à l’arrivée d’un pantalon à carreaux. Le pantalon semble aussi large que les carreaux sont petits.

J’assiste à l’entrée de l’artiste, le boulanger.

Il ne peut rentrer qu’en marche arrière. De biais, ça ne passe pas. Pourtant, cette porte me paraît normalement dimensionnée. Un rapide coup d’œil dans la boulangerie pour vérifier que les dimensions sont respectées. .

J’ai eu peur, un instant, d’être dans un décor. Et que les baguettes ne soient que des demi-baguettes avec un étais derrière. Comme dans les films de FarWest.

Qu’on m’ait roulé dans la farine. Celle dans laquelle j’étais en train de me vautrer avec la boulangère.

Mais, non, l’extraordinaire ne vient pas de l’endroit. Mais de l’humain.

Le boulanger a réussi à s’extraire de la porte avec sa dernière production toute chaude, en avant première de flûtes et de brioches. Il recule encore pour passer le flambeau à la boulangère.

Transmission de savoir faire…

j’irai bien aider à mettre dans les panières. J’aurai l’air d’un cornichon entre deux bouts de pain…..

Le boulanger se retourne alors. L’envie de la scène certainement. De se mettre en lumière. Du contact avec le client fan. Pas trop quand même. Pendant ce temps là, ça ne pétrit pas, ça ne cuit pas et ça ne roule pas.

C’est du pain perdu…..

Nous n’aurons pas d’autographe : en stylo, il n’y a pas sa taille.

Mais, pour honorer notre présence matinale, notre courage à se lever tôt, pour nous remercier d’avoir choisi sa boulangerie et pas l’autre au coin de la même rue, celle de Dumollet, un grand con tout maigre, pour communier à l’heure des oiseaux rois, nous avons droit, en Guest Star, à un sourire…

…des dents sont parties lorsque le sucre a du rentrer….il n’y avait pas de la place pour tout le monde, il faut croire….

..et moi, devant un tel tableau, la boulangère avec ses miches devant-derrière, le boulanger en ambassadeur officiel d’un beurre roi, c’est décidé !

Je reste !